Néonazis allemands au Liban : ce que les archives disent de l’OLP

Des recherches archivistiques allemandes documentent la formation militaire d’Odfried Hepp sous l’égide de l’OLP en 1980. Une autre étude décrit le soutien du Fatah au groupe néonazi de Karl-Heinz Hoffmann à Beyrouth.
Odfried Hepp, un néonazi ouest-allemand qui a rejoint le groupe de Karl-Heinz Hoffmann au Liban en 1980, a reçu une formation militaire sous la direction de l’Organisation de libération de la Palestine, selon le portail allemand Archivportal-D. Son étude historique décrit des exercices avec des armes et des explosifs. Ce lien est documenté, mais les archives ne permettent pas une généralisation à toutes les organisations palestiniennes ou à tous les membres du groupe.
De l’interdiction allemande à Beyrouth
Après l’interdiction de la Wehrsportgruppe Hoffmann, un groupe d’entraînement paramilitaire, en Allemagne de l’Ouest en janvier 1980, son chef a constitué une formation au Liban. Une reconstitution de Sebastian Wehrhahn et Martina Renner, publiée par la Fondation Amadeu Antonio à partir de documents judiciaires, identifie le militant allemand d’extrême droite Udo Albrecht comme l’intermédiaire des contacts palestiniens de Hoffmann.
Les auteurs décrivent un arrangement à Bir Hassan, dans la banlieue de Beyrouth : le Fatah fournissait à Hoffmann et à une quinzaine de partisans le logement, la nourriture, certaines armes et des papiers d’identité. Hoffmann vendait aussi des véhicules réformés de la Bundeswehr à des destinataires palestiniens. Le Fatah était la principale composante de l’OLP, organisation regroupant plusieurs factions.
Ce que les éléments sur la formation établissent
Les Archives du Land de Bade-Wurtemberg indiquent que Hepp est parti au Liban le 27 juillet 1980 avec Peter Hamberger, Steffen Dupper et Kay-Uwe Bergmann pour rejoindre l’organisation de Hoffmann.
Archivportal-D attribue la formation de Hepp à la direction de l’OLP. L’étude du politologue Samuel Salzborn sur les dossiers de la Stasi, publiée par l’Agence fédérale allemande pour l’éducation civique, mentionne également une formation militaire. Elle précise que les contacts palestiniens savaient que Hepp venait d’un groupe d’extrême droite à son arrivée, début août 1980.
Les documents disponibles n’établissent ni quels instructeurs palestiniens ont formé chaque participant allemand, ni si Yasser Arafat ou le Comité exécutif de l’OLP ont autorisé l’arrangement. L’instruction palestinienne, l’appui logistique du Fatah et les exercices dirigés par Hoffmann constituent des éléments distincts.
La violence au sein du groupe
Le récit de Bir Hassan décrit des travaux de construction, des exercices paramilitaires et une discipline de plus en plus brutale imposée par les Allemands eux-mêmes. Bergmann a subi de graves tortures et serait mort à leur suite en février 1981 ; son corps n’a jamais été retrouvé.
Le 15 juin 1981, Hepp, Hamberger et Hans-Peter Fraas ont quitté le groupe et se sont présentés à l’ambassade ouest-allemande à Beyrouth. Selon les Archives du Land, ils ont fait des déclarations détaillées à des agents de l’Office fédéral de police criminelle venus les interroger.
Les condamnations de Hoffmann en 1986 portaient notamment sur le faux monnayage, la séquestration et des violences corporelles dangereuses. Il a été acquitté des accusations liées aux meurtres de Shlomo Lewin, une personnalité de la communauté juive, et de Frida Poeschke, tués à Erlangen en décembre 1980.
Les limites du dossier Oktoberfest et la suite
L’épisode libanais coïncide avec la période de l’attentat de l’Oktoberfest du 26 septembre 1980. Son auteur, Gundolf Köhler, avait auparavant eu des contacts avec le groupe Hoffmann. Le parquet fédéral allemand a clos l’enquête rouverte en juillet 2020, faute d’éléments suffisants pour poursuivre d’autres personnes comme complices. Ses conclusions n’établissent aucune participation palestinienne à cet attentat.
Hepp a ensuite contribué à former le groupe terroriste Hepp-Kexel, qui a attaqué des cibles américaines en Allemagne de l’Ouest en 1982. Son travail ultérieur avec le Front de libération de la Palestine relevait d’une autre phase et d’une autre faction. Salzborn décrit des tentatives de contact avec la Fraction armée rouge, d’extrême gauche, par des intermédiaires, et non une alliance opérationnelle établie. Il s’agit de réseaux extrémistes précis dont les contacts franchissaient les frontières idéologiques sans en faire une organisation unique.



